10 ANS PLUS TARD, TOUJOURS PAS UN MOT POUR LES FRANCHISEURS
« 10 ans après nos propositions aux parlementaires, le système de franchise reste sous-exploité et mal compris par les pouvoirs publics. La France passe à côté de la vraie puissance économique du système de franchise. »
2014 : une proposition restée lettre morte
En 2014, j’étais membre d’un groupe parlementaire missionné pour réfléchir à la réforme du statut de l’entrepreneur individuel. Ce travail allait donner naissance au désormais célèbre statut d’auto-entrepreneur.
À cette occasion, avec Charles G. Seroude, nous avions soumis une proposition forte au député Laurent Grandguillaume, alors en charge du dossier :
Créer un département ministériel dédié à la Franchise.
Une structure impartiale, capable de redéfinir les finalités économiques et de mettre à jour un cadre légal devenu obsolète.
Notre objectif était simple : offrir à la franchise en France son vrai potentiel, celui d’un véritable levier de financement de l’économie nationale.
Mais voilà, notre proposition, jugée non prioritaire, est restée lettre morte.
- Peut-être avions-nous manqué de résilience.
- Peut-être étions-nous trop absorbés par le quotidien de nos clients.
- Peut-être que le pays n’était tout simplement pas prêt à entendre cela.
2024 : un discours incomplet et réducteur
Dix ans plus tard, en 2024, à la cérémonie des Awards de la Franchise et du Commerce Associé, organisée par la FFF, Olivia Grégoire, ministre chargée des PME, livre un discours d’ouverture qui, à première vue, semble prometteur.
- Elle y célèbre la franchise comme un modèle de réussite pour les franchisés.
- Elle salue une meilleure croissance que celle des entrepreneurs isolés.
- Elle applaudit un système qui redynamise nos centres-villes.
Un discours flatteur.
Un discours nécessaire, peut-être.
Mais un discours incomplet.
Et, surtout, dangereusement réducteur.
Ce que ce discours ne dit pas
Il conforte l’idée que la franchise est avant tout une solution pour les candidats franchisés, un ascenseur social pour ceux qui n’oseraient pas entreprendre seuls.
Il perpétue la vision ancienne et désuète de la loi Doubin (1989), qui visait à freiner la désertification des centres-villes face aux zones commerciales périphériques.
Mais pas un mot sur les Franchiseurs.
Et c’est là que le bât blesse.
Franchiseurs : les oubliés du système
Pas un mot pour ceux qui créent les concepts.
Pas un mot pour ceux qui structurent des réseaux.
Pas un mot pour ceux qui sont le moteur de ce développement économique.
Rien sur…
- La précarité juridique d’un cadre légal dépassé, où la jurisprudence fait loi, souvent au détriment de l’initiative commerciale.
- L’outil de leviers financiers que représente le système de franchise pour le développement des TPE et PME, souvent inexploités ou mal compris.
- Les besoins de financement de la structuration des franchiseurs, qui veulent se lancer sans toujours disposer des ressources pour bien faire.
- L’absence de formation initiale et continue sur les leviers marketing, financiers, économiques et managériaux de la franchise originelle.
- L’opportunité d’exporter nos savoir-faire industriels français dans un monde où la franchise fut un modèle dominant.
- L’impact considérable sur l’emploi qu’un plan stratégique de déploiement du franchising pourrait représenter.
- L’efficacité incomparable du système pour financer le développement de la distribution, des services et de l’industrie de notre pays.
- L’archaïsme de l’écosystème actuel, où certains « sachants » improvisent de bonne foi, en dévoyant parfois complètement l’usage de cet outil extraordinaire.
Franchising : un outil de financement ignoré
C’est une réalité que trop peu de décideurs comprennent encore :
« Le système de franchise originel – tel qu’importé des États-Unis par Charles G. Seroude – est l’un des deux seuls outils capables de financer durablement l’économie d’un pays. »
J’insiste : UN DES DEUX SEULS.
Et pourtant, ignoré.
Pas reconnu.
Pas valorisé.
Pas accompagné.
Ce qu’il nous faut maintenant
Non, ce n’est pas un énième discours sur « l’esprit d’entreprendre » que nous attendons.
Ce qu’il nous faut, c’est :
- Une réforme structurelle du cadre légal de la franchise.
- Un plan national de soutien aux Franchiseurs.
- Une reconnaissance officielle de la franchise comme outil stratégique de financement de l’économie.
- Une formation diplômante et professionnalisante aux enseignements originaux du Franchising.
- Et surtout, une vision d’ensemble, qui cesse de considérer la franchise comme un simple canal commercial, mais comme un levier stratégique.
Conclusion : à méditer
La réussite de la franchise ne se joue pas dans les contrats.
Elle se joue dans la capacité à comprendre et activer ses leviers économiques.
Elle se joue dans le courage politique de lui donner sa juste place dans l’économie.
Et elle se joue dans le respect des femmes et des hommes qui, chaque jour, bâtissent des réseaux, parfois avec peu de moyens, mais toujours avec passion.